Pourquoi...

Pourquoi...


TO
UT D'ABORD : Je viens d'être publié, enfin, en tant qucrivain, même si c'est à une petite édition ; voici le lien si cela vous interesse. merci


http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=10790



Ecrire, oui, écrire est un immense pouvoir. A condition de bien s'en servir. Je n'ai aucune prétention et ne vais donc pas dire "venez sur mon blog y a d'la bonne littérature youpi c'est moi le meilleur!" non, non non. Si je fais un blog, et surtout si je mets mes écrits en vue, c'est avant tout pour extérioriser quelquechose de trop dur à supporter à long terme. Jugez-moi, critiquez-moi, testez-moi allez-y pas de problème, je m'en contrefout : en effet le meilleur moyen d'être libre à mon avis est d'être : ou craind, ou détesté ; trop de sentiments positifs vous rendent prisonniers. Ce que jcris et un condensé de moi et de ce que je vois, de mon imagination et de ma folie, et de l'écriture géniale de Bret Easton Ellis et de Chuck Palahniuk. Je décris peuttre un peu hyperboliquement ce qui se passe dans les lycés ou dans la tête de l'adolscent. J'aime et déteste l'adolescence. On voudrais parfois dispartre : je ne le veux pas. On voudrais parfois tuer et laisser ses pulsions prendre le dessus : je ne le ferais pas. On voudrais parfois prendre de la drogue à en mourir : je m'arrêterais avant, comme on dit. On doute souvent de soi et de ce qu'on est : je l'expose. A vous de voir ce que vous voulez.

# Posté le mardi 06 juin 2006 08:56

Modifié le mercredi 13 février 2008 07:42

Présence

Présence


_Alors ?
_
Alors quoi ? répondit J. après quelques instants où il confinait presque au néant de sa pene, quasiment abruti par quelque chose d'ineffable...ressurgissant alors à la raison.
_Ben,
qu'est-ce que tu fais ? ! On y va ou pas ? J'ai déjà mon sac à main plein ! Tu ne comptes tout de même pas restertoute la soirée comme une statue de pierre ou je ne sais quoi d'autre ? ! lui dit L., haussant la voix au début, puis lui parlant d'un ton méprisant, dédaigneux, presque subséquemment à la réponse tardive de J. « Comme une pierre oui, c'est cela » murmura J., inaudible.
_Non ! Enfin je veux dire...oui, je viens, oui bien sûr que je viens ! Attends-moi deux petites secondes, j'arrive.
Aprè
s s'être parfumé les aisselles, le torse et le cou, J. commençait à se diriger vers le salon où l'attendait sagement L. ; mais dans un élan de lucidité — contrairement à ce qu'il m'a habitué — il revint sur ses pas et, en ouvrant et fouillant péniblement dans le tiroir gauche (le dernier, le plus bas) de son bureau, il prit et rangea un petit sachet plastique transparent à fermeture hermétique dans la poche arrière droite — cousue au coin inférieur gauche — de son blue-jean — délavé —, puis reparti enfin rejoindre sa compagne (du moins la femme qu'il projète de sauter ; moi de même).

Presqu
e impavide, J. sortit son sachet plastique transparent hermétique d'herbe venant directement — à ce que B., son dealer, lui à dit — d'Amsterdam (la meilleure weed qu'il soit donné à un fumeur expérimenté de fumer) et, assis sur la cuvette baissée et bien astiqe des toilettes de la troisième cabine (la dernière, la plus au fond) des W.C. Hommes du "Resto chez Nono" — qui est aussi un bar commença à rouler son joint, tandis que L. attendait toujours, au comptoir. Elle l'attend avant de commander ; de plus, elle est forcée de l'attendre car tous deux doivent patienter en espérant qu'une table à deux couverts se libère, car le restaurant est complet, ce qui l'étonne gravement, étant donnée sa réputation laissant à désirer ; mais peu importe, elle n'est venue que parce qu'elle veut coucher avec J. puis pour lui emprunter un peu de râbla pour le week-end prévu : en famille, dont elle est contrainte d'assister.

J
e suis dans la cabine à gauche de celle de J., la deuxième ; je l'entends époudrer son herbe que j'hume à pleines narines (mais discrètement pour ne pas être remarqué), et enfin mouiller la feuille puis ranger négligemment tout son matériel sophistiqué. Après quoi J. s'emploie à allumer son ouvrage (série limitée), respirant à poumons bien ouverts la forte fumée, et ouvrant de l'autre main, après avoir posé ses allumettes sur ses genoux, la petite fenêtre au-dessus de sa tête, sur le mur de droite.

A p
eine J. commence à émietter sa douce et précieuse ganja, qu'il entend déjà ces voix qui trottent et se bousculent, s'entrechoquent dans sa tête ; des voix, des cris, des soupirs, des gémissements sensuels ou bestiaux, etc. D'habitude ces voix ne viennent que de manière sporadique, irrégulière, mais cela fait deux jours qu'elles le hantent et l'obsèdent en même temps. Ça y est, il a fini, et lorsqu'il tire sa première bouffée de cette fumée dense et dansante, mêlée entre le vert, le gris et le bleu, telle des fumigènes, tout en ouvrant de sa main libre la petite fenêtre au-dessus de sa tête, sur le mur de droite, grâce à une manette au niveau de ses épaules reliée au mécanisme d'ouverture, très industriel, il se sent déjà mieux et les voix s'évaporent tout doucement, calmement à présent.

L. boit s
on verre, elle n'a prit qu'un ridicule muscat — alcool de gonzesse — servi dans un dès à coudre et elle s'impatiente légèrement. Dix minutes ou quinze au maximum (peut-être vingt en fait) sont passées ; heureusement la prochaine table libérée leur étant réservée ne se fait pas attendre très longtemps, et lorsque J. arrive, en sueur visiblement, la table du couple de vieux retraités un peu bourgeois se libère pour eux, presque poliment, immédiatement.

_Alors, comment trouves-tu ce hors d'½uvre hors de prix ? Pas si mal tout compte fait, non ? demande J., mangeant son entrecôte sur-saucée et son assortiment de légumes sur-poivrés.
_Bien, oui... la soirée n'est pas totalement gâchée ! dit-elle avec un petit rire laissant sortir d'un jet un peu de sauce salivée d'entre ses lèvres pulpeuses. « Merci J., je crois que je te supporte de plus en plus » reprend-elle après s'être essuyée la bouche et d'un ton soudainement très sérieux et compatissant — réponse typiquement dans le style fin de cette chère L., hormis la petite "boulette" précédente. « Et moi j'ai envie de toi » murmura J portant à sa bouche sa serviette, se rendant compte que ses mots sortis sans réfléchir ont été presque entendus.
_Quoi
? ! Elle émet un léger rire, ou gloussement, le verre de rosée aux lèvres.
_Y'a
pas d'quoi !

# Posté le mardi 06 juin 2006 09:06

"Train à destination de nullpart vas entrer en gare"

"Train à destination de nullpart vas entrer en gare"


Je marche lentement — défoncé — sous ce te
mps de merde qui normalement serait sensé me bloquer ici toute la journée. Autour, des gens courent et affluent vers les espaces couverts, et tandis qu'un d'eux glisse et tombe dans une flaque d'eau — je m'esclaffe tout seul — j'erre ça et là, presque titubant, affligé du poids de la merde de ce monde et fatigué d'être ce que je suis. J'arrive enfin, désespérément, sous le hall de la gare ; je me pose sur un banc métallique et remarque une jeune femme d'environ, à vue d'½il, vingt-cinq ans, à deux rangs de moi : bien roulée, de bons seins rebondis et fermes à la fois, des yeux magnifiques quoique peut-être trop maquillés, des lèvres sublimement pulpeuses dont s'échappe un fin sourire, gêné — qui me parait adressé à moi, sans aucun doute —, jolie nez (une boule argenté comme piercing), et un cul et des sous-vêtements et des habits et des cheveux très...extravagants, plaisants. Elle se lève et contourne le banc, par derrière. Je sens l'ombre de ses mains douces lisses et talentueuses enlacer mes épaules, mon cou, ma nuque... Mais ce n'est ni à moi qu'elle souriait, ni moi qu'elle voulait enlacer, ni même de moi qu'elle se rapprochait. Bordel, c'est son putain de copain, derrière moi, sortant d'un quai, franchissant la ligne d'horizon la plus proche marquée par les escaliers reliant la gare, l'accueil, les bancs d'attente, les snacks et les cafétérias, qu'elle rejoint. Petite tente' mal baisée, bordel. Je l'aurais tué. Je sens cette pulsion qui se forme dans ma poitrine, descendant dans mon estomac, comme avalée, retenue, repoussée, cette méchante et non pas gratuite envie de tuer, de le tuer, de le zigouiller, de le trucider, de l'exterminer, de le supprimer, de l'effacer l'éradiquer le faire disparaître m'en débarrasser et violer sa pute.
Je m
e suis acheté une pomme au triple de son prix normal, même pas mûre, ainsi qu'un sandwich aux trois fromages, dont je retire ces putains de tomates rouge sang-à-l'eau, et enfin une bouteille de 75cl de pepsi cola ou de coca-cola light lemon. Assis au siège 26 du wagon B, seul avec deux places libres devant moi pour poser et mes sacs et mon angoisse et mes pieds et ma rage et mon impatience et mon angoisse. Mange un bout. Crache à même le sol. Bois un coup. Rote. Vais aux chiottes avant le départ du train car déteste pisser quand ç a bouge bordel. Puis je prends mon bouquin dans mon petit sac en bandoulière, noir comme mon âme, noir comme mes désirs, noir comme l'espoir de ce monde. Qu'est-ce que je lis ? BEE, ou Palahniuk, un truc comme ça, histoire de me relaxer.
Le
train est parti, deux personnes se sont installées : une à ma droite, me retrouvant ainsi du côté fenêtre que je déteste — voir ces près pleins de ces grosses vaches à merde, de ces moutons qui nous habillaient jadis, de ces chevaux que l'on soumet, sans préparer le futur nécessitant de la défense contre leur future et terrible riposte et rébellion et vengeance futures bordel — et une devant moi. Je suis donc cerné, entouré, prisonnier, retenu, sans espoir, sans force, sans envie, sans pouvoir. Si une envie. Les tuer, les balancer par-dessus bord, les coincer entre deux rails, les noyer dans leur pisse mal dirigée et tremblante au jet aléatoire et maladroit. Merde. La personne en face de moi est un jeune étudiant, qui revient de Paris et doit rentrer dans sa pauvre campagne, dans son bled perdu au fin fond de l'immensité et de l'inconnu. Il est brun, ou blond, aux yeux bleus verts ; cheveux demi courts, semi longs ; propre sur lui, pas trop mal. Il se passe le bout de la langue assez souvent sur ses fines lèvres, légèrement gercées, en lisant son livre. Que lit-il ? Oh, il lit une quelconque ânerie antique ou un de ces bouquins soit disant modernes et délivrant les m½urs de notre monde, de son âge (25 ans je crois, comme l'autre pucelle de la gare), parlant de phénomènes de société, de sa société, calme et tranquille. Il pense peut-être que dans précisément douze pages, il passera au chapitre intitulé Procès d'un homosexuel, visant à analyser le pourquoi du comment de cet étrange animal ; livre précaire et sous évolué, livre inutile non remboursé, livre qui te ressert les couilles dans un étaux afin que par des exemples et contre exemples de cette société aveuglée et soumise, tu ne puisses plus t'écarter du droit chemin des anciens et des à venir.
A côté de
moi, un grand-père, béret et chemise à carreaux bien braillée, pantalon en toile remonté jusqu'au nombril, grosse moustache rousse grise ou marron, journal du jour sous l'épaule, endormi depuis deux heures. Et bien non, pas du tout. Que dalle, niet, nada, rien de la sorte. C'est plutôt un de ces connards de médecins chirurgiens balayeurs de merde humaine intérieure ou vétérinaire à la con ; ou encore un de ces bureaucrates à deux balles chemise blanche ou bleue, cravate rouge bordeaux ou à motifs immondes, braillée dans le pantalon noir, les jambes croisées, une veste noire avec stylo dans la poche sur sa poitrine et lunettes au bord du nez, pendantes, et bordel les jambes croisées laissant apparaître de pauvres chaussettes noires ou à dessin de gamin, avec mocassins marrons ou noirs, cirés. Merde que lit-il lui ? Non, il ne lit pas, il regarde les résultats précédents de la bourse, fait semblant de comprendre, sur son ordinateur portable high-tech, et simule une prétention méprisante mais indirectement me visant merde connard bordel dégage crève.

# Posté le mardi 06 juin 2006 09:10

Instant

Instant


Ils é
taient, tous les deux assis sur un banc du D. Park, et tandis que M. admirait les yeux de sa voisine (une fois de face) et les merveilleux et abondants reliefs parcourant son corps jeune et frêle (de côté), un chien noir et blanc, bien bâti, sportif et dans la jeunesse de l'âge, remuant la queue joyeusement, courrait après une balle ou un bâton ou un boomerang, peu m'importe, qu'un jeune écolier lui lançait tout en sautillant, faisant remuer et valdinguer son cartable dont une bretelle mal attachée tombait sur l'épaule droite, voir le coude du gamin ; insouciant sous sa casquette rouge et avec son espèce de cravate scolaire trois fois trop grande pour lui, bordeaux, voir rouge sang-caillé.

E
. se sentait embarrassée. Pourquoi ? Peut-être à cause du souvenir de cette nuit où un homme fit irruption dans l'entrée de son immeuble, alors qu'elle rentrait de chez sa mère trois kilomètres plus tôt, et qu'il la plaqua contre le mur à gauche de l'ascenseur reniflant ainsi ses cheveux, et faisant des bruits pervers et rauques telle une bête assoiffée de viande et de sueur fraîche avant de s'enfuir par elle ne sait où, et que cet homme avait le même parfum et les mêmes chaussures usées que M. ; ou sinon est-ce parce qu'elle sait qu'elle n'a plus rien à boire, pas même un quelconque produit à fumer, et que M., visiblement, s'impatiente considérablement.
Il es
t 16h20, elle pense que cela fait au moins deux mois qu'elle n'a pas eu de relation — aussi belle et bien faite soit-elle — et que le temps dans lequel elle est en ce moment part bien patient, car cela fait sûrement une plombe que le silence pèse entre elle et son voisin de banc.

Il es
t 16h30. Dans deux heures il fera nuit, et à peine a-t-il vu les écoliers qui sortaient jouer au D. Park que tout s'accélère pour M. ; les ballons semblent voler et on ne les entend plus retomber — du moins lui ne les entend plus — ; il est 18h00, les hommes en costards-cravates courent vers l'arrêt de bus le plus proche, marchant sur la pelouse fraîchement taillée, comme à son habitude, sautant parfois un arbuste qui leur ferait prendre du retard s'il fallait le contourner ; un arbuste à peine plus haut que la hauteur de leur attaché-case, ayant besoin d'être tondu ; il est 18h20, un chat passe, marron, avec quelques reflets dorés et d'autres plus sombres, de gouttière mais d'un duvet de poils angoras plutôt bien coiffé, puis, après avoir tenté de se frotter contre la poubelle l'appelant, prêt ronronner, s'enfuit avec un sursaut inquiétant ; mais M. ne compte plus les minutes, ni les heures... Il voit les réverbères s'allumer laissant petit à petit des cercles jaunes, clignotant parfois, éclairant le sentier de béton qui coupe le D. Park en quatre parties à peu près symétrique se coupant au centre où se dresse une fontaine qui ne marche plus depuis...longtemps ; au fur et à mesure que baissait le jour, les ténèbres s'installaient.
Il est 1
6h32, le chien a enfin attrapé le ballon du gamin à la casquette bleu marine.

# Posté le mardi 06 juin 2006 09:18

M. parc

M. parc


M. redescendait le pont, interminable, épuisant, sans esp
oir. Il regardait par-dessus la barrière, sur laquelle son sac en bandoulière se frottait et se choquait, et ne voyait qu'une multitude de corps écrasés, qui se redressait et devenait toujours plus grande et puissante à mesure qu'il descendait ce pont diagonal. « Je suis la robotisation du corps de M. » pensait-il en voyant toutes ces masses se jetant sur telle voiture, courrant dans telle direction — mallette à la main ou sac de provisions —, harcelant une autre personne pour vendre tels ou tels produits ou services, promenant des chiens de toutes tailles, formes, coiffures... Parfois une voiture de police passait, au ralenti, regardant et scrutant chaque endroit sombre, ruelle, devant de vitrine ou groupe de jeunes trop important. Mais aujourd'hui il faisait chaud, et excessivement lourd pour un jour de mi-printemps, et M. n'en pouvait plus ; il suait de tout son corps, ses vêtements lui collaient à la peau — et dieu sait qu'il en avait : M. ne quittait jamais son keffieh par complexe de son cou, qu'il détestait voir nu, ainsi que sa chemise ou son pull car il tenait à cacher ses mains tatouées et ses bras ridiculement maigres et pas musclés.
Son sac était
également assez pesant, surtout pour son pauvre corps qui n'avait qu'une main (l'autre étant mystérieusement paralysée depuis deux jours alors qu'il s'était endormi complètement saoul dans une voiture, vomissant, laissant tomber son bras droit et sa tête en dehors de la voiture, portière ouverte ; il s'est réveillé le lendemain dans son lit avec ce soudain handicape, sans aucun souvenir de la veille) ; celui-ci contenait une autre épaisseur de vêtements (une veste noire en fourrure intérieure grise — « en poils de yeti gris » comme il s'amusait à dire à ceux qui le critiquait, donnant ainsi une valeur surréaliste et originale à sa veste), une trousse avec tout son nécessaire à dessin (et bien évidemment une grande diversité de stylos à bille ou à encre, tous noirs) et ce dont il avait besoin pour les cours, des feuilles blanches, prises en salle d'arts plastiques au lycée la veille (au moins une centaine, facilement, et ce chaque lundi et vendredi), un cahier de philosophie dont il manque une partie des cours du programme, et bien évidemment ses clés pour son casier d'internat accrochées à une sorte de bretelle-collier en tissu noir imprimé East Pack et son précieux cahier de dessin et d'écritures diverses (philosophie, journal intime, poésie, prose, citations, simples pensées, SMS reçus recopiés...). Dans la poche à fermeture éclaire à l'avant de son sac noir en bandoulière il y avait toute une multitude d'un bordel adolescent assez négligé et très éclectique. On pouvait y trouver des chewing-gums neufs mais tombés de leur paquet, des clés de l'appartement de son cousin en ville (un triple), sa carte d'identité, sa carte annuelle pour le bus des montagnes qui l'emmène et le ramène chez lui les lundi et vendredi, des tickets de bus T2C usagés, poinçonnés plusieurs fois, trafiqués ou même déchirés pour faire ses ton-cars, des piles rechargeables pour son MP3, son MP3 et des écouteurs volés (bonne qualité) en grande surface, deux briquets dont la quantité de gaz restant laisse à désirer, du tabac, des feuilles OCB premium petites et longues (slims), un bout de branche de pied de beu séché et taillé où est gravé « tasseur », une restant de place du concert des Kaophonic Tribu (déchiré pour les tonc') et son porte-monnaie à fermeture éclaire acheté à Amsterdam (ou plutôt volé dans un magasin à touristes) en pur chanvre (beige), avec imprimé dessus en lettres rouges « Amsterdam » et sur l'étiquette une feuille de cannabis — ou sont contenus un biller de dix euros, un de cinq, quelques pièces de monnaie (pas plus de trois euros cinquante), deux tickets de bus neufs pour le retour au lycée, situé en banlieue de Monferrand, et un dix euros de shit à peine entamé, emballé dans du plastique. Enfin, au fond de cette poche, se trouve un tube d'homéopathie anti-stress-angoisse-et-sommeil et deux Dolipranes.
Arrivé en bas du pont St Ja
cques, M. se faufila entre les voitures et les travailleurs qui continuaient, torse nu sous leur veste sans manche jaune fluo, le chantier du tramway qui devait être terminé en 2007. Sur les routes traversant le centre de Clermont et passant devant la Fac de Lettres et de Sciences Humaines et devant Fénelon, remontant vers la place Delille, le boulevard Trudaine...les voitures étaient très nombreuses, mais assez immobiles à cause des embouteillages de cette fin d'après-midi ; malgré l'heure assez tardive et la position du soleil, cette journée était véritablement insoutenable par sa chaleur ; M. suait de plus en plus, quoique bientôt il soit à l'ombre du jardin Lecocq, et il ne cessait de relever et d'envoyer en arrière ses lourdes dreads ; les conducteurs impatients et énervés et fatigués et assommés avaient tous un bras en dehors de la vitre de leur portière, baissée au maximum, et klaxonnaient chaque automobiliste les devançant. Le temps que le feu repasse au rouge, il n'y avait jamais plus de cinq ou six voitures qui arrivaient à passer. M. traversa donc sans aucune crainte, entre les voitures et, regardant en arrière ce pont qu'il venait de descendre sous un soleil tapant, passa le trottoir et alla à l'ombre des arbres et des bambous du jardin Lecocq.
Quasiment
tous les bancs étaient à l'ombre ; mais tous étaient pris. Des couples de jeunes et de plus vieux, des familles avec des jeunes enfants, des bureaucrates avec leur ordinateur portable, des personnes toutes seules ou bien même des punks affalés avec leurs chiens et leurs bières occupaient ces bancs. L'herbe était privée, on ne pouvait s'y asseoir ou s'y reposer. Des policiers à vélos faisaient des tours dans le parc, zigzaguant à travers les gosses et leur tricycle ou les chiens en liberté des zonards ou encore les poussettes et leur propriétaire (souvent de belles et jeunes mamans avec leurs copines). D'un coup, après cette longue et exténuante marche depuis le CHU, M. se sentit envahit par une sorte d'allégresse, de béatitude et d'admiration soudaine, incontrôlée. Traversant le parc il se dit alors qu'il voulait continuer à marcher, et à l'inverse de son caractère habituel — tête baissée, mépris pour le monde, gène et honte et mal à l'aise et angoisse devant n'importe qui, ...— il releva la tête, regarda tout le monde, sourit et ria intérieurement à la vue de l'amusement des gamins sur le chemin.
Il était cinq heures et
demi — un quart d'heure en retard pour les études mais il a une excuse — et M., sans même chercher une raison pour se convaincre de rester plus longtemps ou même de simplement se reposer un peu, marcha donc le plus lentement qu'il pouvait, sans non-plus gêner les passants de derrière, admirant le monde et ses occupants en ce jour de printemps. Sous les arbres du milieu du parc, sur les bancs publics, beaucoup de couples ou de vieux ; alors qu'il passait devant, deux petites jumelles de quatre ans environ ramassaient des grandes feuilles de châtaigner, en voyaient d'autres et courraient vers celles-ci, les ramassaient, et les tendaient à des passants. M. ne faisait que regarder et écouter ces petites merveilles. « Tiens Madame pour toi la fleur ! » disait l'une ; « Oh ! Tiens une autre madame ! » disait l'autre, et chacune se criant « 'garde n'a d'autres là-bas ! » et elles courraient pour encore ramasser ces « fleurs » et les tendre à qui passait ; M. ne savait à qui ces deux petites appartenaient, mais il s'en moquait, il se retournait et souriait malgré lui. Alors reprenant sa direction première — inconnue — il croisa un homme très étrange, mais pourtant très attirant, pas le moins du monde effrayant ou inquiétant. C'était un chinois avec une longue barbe grise, fine comme dans son imagination des barbes chinoises, avec un n½ud papillon rouge tout en bas. Il était surmonté d'une espèce de chapeau étrange, comme napoléonien mais avec tout de même un air chinois, genre toit de pagode. Ses habits étaient larges et pourtant serrés aux extrémités, bouffants et très fins. Il avait une chemise noire avec boutons d'or, descendant jusqu'aux genoux, telle une veste de général napoléonien toujours, et ses manchettes blanches faisaient pensées aux chemises de la renaissance ; son pantalon en toile noir et vert-doré s'arrêtait aux genoux, et à partir de là descendaient des chaussettes hautes à rayures vertes et jaunes et noires. Enfin, il avait des chaussures pointues qui remontaient avec un grelot au bout. M. a sourit et s'est retourné à plusieurs reprises, amusé par son style de samouraï de luxe. « Je suis l'amour aveugle d'une génération fantôme vue par M. » pensait M. à ce moment là, dans sa douce et naïve harmonie avec le monde vivant, simplement heureux.
Tout était beau à ses yeux et rien ne pouvait troubler cette illusion divine ; le temps n'avait plus aucune constance ni vraisemblance : les choses arrivaient, se déroulaient comme écrite dans un parchemin inconnu et perdu, personne ne semblait exister plus que pour soi-même, pas même les mots n'étaient réels... Mais M. existait, il le savait car s'était lui qui voyait ou imaginait tous cela. Dans le bassin vidé des canards, plus aucun poisson, mais des pigeons mangeaient quelques déchets enfuis. A la place se promenaient à l'intérieur deux ou trois gosses, pataugeant dans les dernières flaques se desséchant. Mais ce qui enivra d'avantage M., c'était ce couple éternel de septuagénaires, marchant dans ce bassin vidé de toute vie et de toute mouvance ; ils se tenaient par la main et parfois se baissaient en s'entretenant de plus belle pour ramasser avec difficulté quelques cailloux encore humides des flaques d'eau sale épargnées. En les voyant M. eut un souvenir, une image qui ne l'avait pas forcément marquée quand il était sur le chemin de l'hôpital : une vieille femme déposait un bouquet de fleurs entre les deux pieds de son marri malade, allongé dans son lit d'hôpital qui sortait de l'ambulance pour l'emmener aux urgences, alors qu'il ne faisait que se reposer en attendant ses derniers soins. Enfin, sur un banc, M. admirait un couple pour le moins insolite : une femme obèse embrassait un homme maigre et petit, lui-même caressant les hanches énormes de sa compagne, se perdant dans ses formes.
En sortant
du parc qu'il avait sans que cela paraisse traversé assez rapidement, M. traversa la route, rond point autour de l'obélisque, et monta la rue allant à Ballainvillier, où il prendrait son bus. Passant devant un petit casino, toujours saoul de joie et de douce harmonie, il remarqua une poussette garée devant le magasin avec l'enfant qu'elle devait contenir dans les bras de sa mère, au rayon exposé à l'extérieur des fruits et légumes, et tandis qu'elle tâtait melons et pêches, le bébé tétant sa maman, deux gamins, le frère et la s½ur, demandaient à leur mère s'ils pouvaient choisir des glaces, et foncèrent au rayon surgelé à l'intérieur. Arrivant à l'arrêt de bus, tentant de guetter le 15 et espérant que ce serait le B (plus rapide), M. aperçu derrière un groupe d'attardés riant aux éclats et contant à leurs camarades leurs exploits, totalement indifférents aux regards de mépris qui les encadraient, une fille qui était dans sa classe en Seconde, il y a donc deux ans, et dont il avait vu une photo sur un site de rencontres où elle souriait et déballait ses énormes seins. Elle ne sembla pas le reconnaître, mais il s'en fichait. Sortant son ticket neuf et, après une dizaine de minutes accroupi à regarder le monde et la robotisation des gens courrant dans tous les sens dans le centre de Clermont, criant pour tenter d'intercepter un bus qu'ils loupaient, reluquant les jeunes filles de son âge en débardeur, il vit arriver son bus et rentra dedans, tendant difficilement son ticket dans la machine, puis s'assis et cacha sa main tatouée. Il arriva au lycée pour six heures du soir et constata qu'à cause des examens précoces des BTS dans les salles de l'internat, il n'y avait pas études avant six heurs et demi. S'asseyant par terre, il murmura « je suis la conscience exacerbée de M., et je ne sers à rien. »

# Posté le mardi 06 juin 2006 09:22